Le fonds activiste Cevian pousse la banque suisse vers la sortie
La plus grande banque de Suisse, UBS, fait face à une pression croissante de la part de ses actionnaires concernant son avenir réglementaire dans la Confédération. Le fonds d’investissement activiste européen Cevian Capital, détenant environ 1,4 % du capital d’UBS, a récemment exprimé ses préoccupations majeures quant aux nouvelles exigences de capital imposées par les autorités suisses.
Des exigences de capital jugées excessives
Selon Lars Förberg, cofondateur de Cevian Capital, il n’est « pas viable » de diriger une grande banque internationale depuis la Suisse dans le contexte réglementaire actuel. Cette déclaration, rapportée par le Financial Times, intervient alors que le Conseil fédéral suisse envisage d’imposer jusqu’à 26 milliards de dollars d’exigences de fonds propres supplémentaires à UBS.
Ces nouvelles réglementations s’inscrivent dans un contexte post-crise bancaire, notamment après l’absorption controversée de Credit Suisse par UBS en mars 2023.
Les autorités suisses cherchent à renforcer la stabilité du système bancaire national en imposant des ratios de capital plus élevés aux établissements systémiques.
Un contexte réglementaire durci
Les autorités financières suisses, échaudées par la crise de Credit Suisse, ont décidé de durcir significativement leur approche réglementaire. La FINMA (Autorité fédérale de surveillance des marchés financiers) et la Banque nationale suisse souhaitent s’assurer qu’aucune banque ne puisse plus mettre en péril la stabilité financière du pays.
Ces mesures incluent non seulement des exigences de capital renforcées, mais également des règles plus strictes en matière de liquidité et de gouvernance. Pour UBS, qui a considérablement augmenté sa taille après l’acquisition de Credit Suisse, ces nouvelles obligations représentent un défi financier et opérationnel majeur.
La réaction d’UBS et ses implications
UBS tente depuis plusieurs mois de négocier avec les autorités suisses pour atténuer l’impact de ces nouvelles règles. La banque argue que des exigences de capital trop élevées pourraient nuire à sa compétitivité internationale et limiter sa capacité à servir efficacement ses clients.
Le président d’UBS, Colm Kelleher, et le directeur général Sergio Ermotti ont multiplié les rencontres avec les responsables politiques suisses pour plaider leur cause.
Ils soulignent que des règles trop contraignantes pourraient pousser la banque à reconsidérer sa localisation, ce qui aurait des conséquences importantes pour l’économie suisse.
L’influence des investisseurs activistes
Cevian Capital, en tant que plus grand fonds activiste d’Europe, dispose d’une influence considérable sur les décisions stratégiques d’UBS. Le fonds, dirigé par Christer Gardell et Lars Förberg, est connu pour ses interventions directes auprès des directions d’entreprises pour maximiser la valeur actionnariale.
La position de Cevian reflète une préoccupation plus large des investisseurs institutionnels qui craignent que les nouvelles réglementations suisses n’affectent négativement la rentabilité et la croissance d’UBS.
Cette pression externe s’ajoute aux défis internes que doit gérer la banque dans l’intégration de Credit Suisse.
Les enjeux pour la Suisse
Une éventuelle délocalisation d’UBS représenterait un coup dur pour la place financière suisse. La banque emploie environ 30 000 personnes en Suisse et contribue significativement aux recettes fiscales du pays. De plus, son départ affaiblirait considérablement l’attractivité de Zurich comme centre financier international.
Les autorités suisses se trouvent donc dans une position délicate : maintenir des standards réglementaires élevés pour préserver la stabilité financière tout en conservant l’attractivité de leur juridiction pour les grandes institutions financières.
Perspectives et négociations en cours
Les négociations entre UBS et les autorités suisses se poursuivent, avec des discussions techniques approfondies sur les modalités d’application des nouvelles règles. Plusieurs options sont à l’étude, notamment un échelonnement dans le temps des exigences de capital ou des ajustements spécifiques tenant compte de la situation particulière d’UBS post-fusion.
Le gouvernement suisse doit également tenir compte de l’opinion publique, largement favorable à un renforcement de la supervision bancaire après les déboires de Credit Suisse. Cette dimension politique complexifie les négociations et limite la marge de manœuvre des autorités.
Conclusion
L’avenir d’UBS en Suisse dépendra largement de la capacité des différentes parties à trouver un équilibre entre stabilité financière et compétitivité économique. Les prochains mois seront déterminants pour l’avenir de la plus grande banque suisse et, plus largement, pour l’attractivité de la place financière helvétique dans un contexte de concurrence internationale accrue.





