La Belgique n’a jamais compté autant de détenteurs de grandes fortunes qu’en 2024. Selon le dernier rapport World Wealth Report publié par le cabinet Capgemini, le nombre de résidents belges disposant d’un patrimoine financier investissable supérieur à un million de dollars a progressé de 9 % en un an, pour atteindre 146 400 individus. Une hausse significative qui s’inscrit dans une dynamique mondiale de concentration accélérée des richesses.
Une croissance portée par les marchés financiers
Cette expansion du nombre de High Net Worth Individuals (HNWI) en Belgique reflète avant tout la performance des marchés d’actifs sur la période considérée. La remontée des marchés actions en 2023, conjuguée à la valorisation soutenue de l’immobilier dans les principales agglomérations belges — Bruxelles en tête —, a mécaniquement augmenté la valeur des portefeuilles patrimoniaux.
Les revenus du capital ont ainsi progressé plus vite que les revenus du travail, creusant l’écart entre les ménages patrimoniaux et le reste de la population.
La méthodologie Capgemini retient exclusivement les actifs financiers investissables : actions, obligations, fonds, liquidités et placements alternatifs. L’immobilier de résidence principale et les biens de consommation durable en sont exclus. Ce périmètre restrictif tend à sous-estimer l’étendue réelle de la richesse privée belge, traditionnellement adossée à un patrimoine immobilier important.
618 super-millionnaires : une élite patrimoniale concentrée
Au sommet de la pyramide, 618 résidents belges détiennent un patrimoine financier excédant 30 millions de dollars — catégorie désignée sous le terme Ultra High Net Worth Individuals (UHNWI). Ce chiffre, bien que modeste en valeur absolue, représente une concentration de capitaux considérable.
À l’échelle mondiale, les UHNWI concentrent une part disproportionnée des actifs gérés par les grandes banques privées et les family offices, et pèsent lourd dans les décisions d’allocation de capitaux internationaux.
Cette tranche supérieure est également la plus mobile. Les individus disposant de patrimoines de cette envergure ont la capacité — et souvent l’intérêt fiscal — de structurer leur résidence et leurs actifs à l’international. La Belgique, malgré l’absence d’impôt sur la fortune et une taxation des plus-values sur valeurs mobilières historiquement favorable, reste exposée à la concurrence de juridictions telles que le Luxembourg, les Émirats arabes unis, la Suisse ou le Portugal.
Un contexte fiscal sous tension
Cette progression intervient dans un contexte de débat croissant sur la fiscalité du capital en Europe. Plusieurs pays membres de l’Union européenne ont engagé ou envisagent des réformes visant à taxer plus efficacement les grandes fortunes, sous la pression conjuguée de contraintes budgétaires et de considérations d’équité fiscale. En Belgique, la question d’un impôt sur les plus-values a refait surface dans les discussions politiques, sans aboutir à ce stade à une réforme structurelle.
Pour les détenteurs de patrimoines importants, cette incertitude réglementaire constitue un facteur à intégrer dans leur planification patrimoniale à long terme.
Elle alimente également un intérêt croissant pour les structures de détention internationales — holdings luxembourgeoises, fondations néerlandaises, trusts anglo-saxons — permettant d’optimiser la transmission et la gestion des actifs dans un cadre légal sécurisé.
La Belgique dans le contexte européen
Rapportée à la population totale, la densité de millionnaires en Belgique demeure inférieure à celle de la Suisse, du Luxembourg ou des Pays-Bas, mais elle se situe dans la moyenne haute des économies d’Europe occidentale. La solidité du tissu entrepreneurial belge, la présence de nombreux sièges sociaux européens à Bruxelles et une culture d’épargne et d’investissement bien ancrée contribuent à maintenir ce niveau de richesse privée.
À l’échelle mondiale, le rapport Capgemini recense près de 22,8 millions de HNWI pour un patrimoine agrégé de 86 800 milliards de dollars. Les États-Unis, le Japon et l’Allemagne concentrent à eux seuls plus de 50 % de cette richesse mondiale.
La Belgique représente un marché de taille intermédiaire, attractif pour les gestionnaires de fortune, les family offices et les prestataires de services aux entreprises internationales.
Perspectives
La trajectoire ascendante du nombre de grandes fortunes en Belgique devrait se poursuivre à moyen terme, portée par la valorisation continue des actifs, les transmissions intergénérationnelles et l’attractivité relative du cadre fiscal belge pour certaines catégories de revenus du capital.
Toutefois, l’évolution de l’environnement réglementaire européen et les pressions fiscales internationales — notamment les initiatives de l’OCDE en matière d’imposition minimale des très hauts patrimoines — introduisent une variable d’ajustement dont les effets pourraient se matérialiser dans les prochains cycles de rapport.





