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Les droits de douane américains menacent le secteur aurifère suisse

Les autorités douanières américaines ont publié vendredi un document classifiant les lingots d’or d’un kilogramme et de 100 onces comme soumis aux nouveaux droits de douane. Cette mesure suscite l’inquiétude en Suisse, pays qui occupe une position stratégique dans le raffinage mondial de l’or.

La Maison-Blanche a annoncé qu’une clarification serait apportée prochainement, sans toutefois préciser si les lingots bénéficieront finalement d’une exemption.

Un secteur stratégique sous pression

Cette incertitude intervient alors que la Suisse fait face à des droits de douane punitifs de 39% imposés par l’administration américaine depuis jeudi. Washington justifie ces mesures par l’ampleur de l’excédent commercial suisse, largement alimenté par les exportations d’or. Le commerce de ce métal précieux, traditionnellement profitable, se révèle paradoxalement problématique dans les relations commerciales bilatérales.

La situation s’est cristallisée suite à la publication d’un article du Financial Times et d’un document officiel des douanes américaines.

Un responsable de la Maison-Blanche a déclaré à l’AFP que l’exécutif prévoyait de “publier un décret dans un avenir proche pour clarifier les informations erronées concernant la taxation des lingots d’or et d’autres produits spécialisés“, sans apporter de précisions supplémentaires sur le statut définitif de ces produits.

Un écosystème industriel développé

La Suisse abrite quatre des plus importantes raffineries d’or mondiales, dont Valcambi, située à Balerna dans le canton du Tessin, qui constitue le leader du secteur. Ces installations traitent de l’or brut provenant de diverses sources : extraction minière, recyclage de bijoux et refonte de lingots de qualité inférieure. Le processus de raffinage transforme ces matières premières en lingots de haute pureté, positionnant la Suisse comme une plaque tournante incontournable du marché aurifère international.

Ces lingots raffinés alimentent ensuite différents secteurs économiques : la joaillerie, l’horlogerie de luxe, l’industrie technologique ainsi que le système bancaire et les réserves des banques centrales mondiales. Cette diversification des débouchés témoigne de l’importance stratégique du secteur pour l’économie helvétique.

Des chiffres révélateurs

Les statistiques de l’Office fédéral de la douane illustrent l’ampleur des activités aurifères suisses. En 2023, le pays a importé 2 372 tonnes d’or et en a réexporté 1 564 tonnes, générant des exportations d’une valeur proche de 88 milliards de francs suisses (93 milliards d’euros). La Chine demeure le principal destinataire avec 25,1 milliards de francs, suivie par l’Inde avec 13,1 milliards.

Le Secrétariat d’État à l’économie (Seco) précise que la Suisse représente 34% du raffinage mondial d’or, rectifiant le chiffre de 70% souvent cité de manière erronée dans les médias.

L’association suisse des fabricants et commerçants de métaux précieux évalue l’impact économique du secteur à 1 500 emplois directs et 1 000 emplois indirects, en incluant l’argent et le palladium.

Une explosion des exportations vers les États-Unis

L’évolution des exportations aurifères suisses vers les États-Unis révèle des variations spectaculaires. De 6,1 milliards de francs en 2023, elles ont bondi à 11 milliards en 2024. Le premier semestre 2025 a enregistré une hausse exceptionnelle à 39,2 milliards de francs, contre 1,67 milliard sur la même période de 2024.

Cette progression s’explique notamment par la forte croissance du premier trimestre 2025 (37,6 milliards de francs), suivie d’une chute brutale au deuxième trimestre (1,6 milliard). Les données des douanes suisses transmises à l’AFP confirment cette volatilité caractéristique du marché des métaux précieux.

Les enjeux politiques et économiques

Lors d’une conférence jeudi, la présidente de la Confédération Karin Keller-Sutter a exprimé son désaccord avec la méthode d’évaluation du déficit commercial utilisée par l’administration Trump.

Elle a reconnu que les exportations d’or de 2024 ont “naturellement” contribué à creuser ce déficit, tout en contestant la pertinence de cette approche comptable.

Le quotidien suisse Le Temps a souligné que la Maison-Blanche semble s’être “appuyée exclusivement sur les données de 2024”, qualifiée d’année “atypique”. Cette anomalie statistique résulte ironiquement des anticipations liées au retour de Donald Trump au pouvoir. L’incertitude générée par sa réélection en novembre a poussé les investisseurs vers les valeurs refuges, provoquant une ruée vers l’or raffiné en Suisse.

Le Seco indique que les États-Unis prélèvent “depuis début avril” des droits de douane supplémentaires “sur certains produits en or”, tout en maintenant des exemptions pour d’autres catégories. Cette situation crée une complexité réglementaire qui pénalise les échanges commerciaux et fragilise un secteur stratégique pour l’économie suisse.

L’issue de cette confrontation commerciale dépendra largement des clarifications promises par la Maison-Blanche et de la capacité des deux pays à trouver un équilibre entre leurs intérêts économiques respectifs.